Organisations internationales alertent sur la répression des militant·e·s LGBTI+ en Turquie
Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains et LGBTIQ+ ont exprimé leur vive inquiétude face aux poursuites engagées contre onze militant·e·s LGBTIQ+ en Turquie. Ces derniers ont comparu pour la première fois devant la justice mardi dernier en raison de leur rôle au sein du conseil d’administration et du conseil de surveillance de l’organisation de défense des droits LGBTI+ Genç LGBTİ+ (Genç LGBTİ+ Derneği). Ils sont accusés d’avoir enfreint la loi sur les associations et risquent une peine de prison d’un à trois ans ainsi qu’une amende.
L’organisation elle-même a été dissoute en décembre par un tribunal turc. Cette décision repose sur une accusation d’« obscénité » liée à des dessins publiés entre 2019 et 2022 sur les réseaux sociaux. Ces illustrations avaient été réalisées par des artistes LGBTI+ dans le cadre d’événements Pride en ligne. Le tribunal a estimé que ces images pouvaient « encourager » les individus à devenir lesbiennes, gays, bisexuels ou transgenres, et qu’elles violaient la morale publique ainsi que l’article 41 de la Constitution turque, consacré à la protection de la famille.
Les membres du conseil de Genç LGBTİ+ sont désormais poursuivis devant le tribunal pour violation de la loi sur les associations. L’affaire sera examinée sur le fond le 14 octobre.
Une autre procédure judiciaire, distincte, vise également Defne Güzel, présidente de la May 17 Association, une autre organisation LGBTI+ en Turquie. Elle est accusée d’avoir enfreint la même législation après la publication d’un livre et d’un catalogue d’exposition jugés contraires à la morale publique. Elle encourt également une peine de prison de un à trois ans et une amende.
En cas de condamnation, Defne Güzel et les membres de Genç LGBTİ+ pourraient être privés de certains droits civils, notamment celui d’exercer des fonctions dirigeantes au sein d’organisations de la société civile. Ces poursuites ne visent donc pas uniquement des individus, mais également la capacité des organisations concernées à fonctionner librement.
Ces affaires s’inscrivent dans un contexte plus large de pressions accrues sur les organisations LGBTI+ en Turquie. Elles font suite à une série de contrôles administratifs menés en 2024, qui ont suscité de sérieuses inquiétudes quant au respect des garanties d’un procès équitable. Les organisations dénoncent notamment la rapidité des procédures et le fait que des poursuites aient été engagées malgré des rapports d’experts et d’audit ne constatant aucune infraction. Dans le cas de Defne Güzel, elle est en outre tenue responsable de publications sur les réseaux sociaux émanant d’autres personnes utilisant le hashtag #MyIntersexStory. Genç LGBTİ+ a déjà annoncé son intention de faire appel.
Dans une lettre ouverte, 38 organisations internationales tirent la sonnette d’alarme. Elles soulignent une détérioration progressive des libertés fondamentales en Turquie, en particulier pour les personnes et organisations LGBTI+. La liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique serait de plus en plus restreinte.
Le climat s’est encore durci avec la proclamation de 2025 comme « Année de la famille ». À cette occasion, le ministère turc de la Famille et des Services sociaux a publié une circulaire visant des concepts universels tels que le genre et l’égalité LGBTI+. Parallèlement, de nombreuses interdictions de marches des fiertés ont été imposées, des militant·e·s et journalistes ont été arrêtés, et l’expression artistique et journalistique a été ciblée.
En 2025, les autorités turques ont tenté à deux reprises d’introduire une législation visant à criminaliser les personnes LGBTI+ et leur activisme. En février de cette année, des discussions ont été relancées, laissant craindre une réintroduction de ces mesures. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de restrictions accrues concernant l’accès aux soins d’affirmation de genre depuis juin 2025.
Selon les organisations signataires, ces mesures juridiques institutionnalisent des pratiques discriminatoires et constituent une menace permanente pour la société civile LGBTI+. Elles dénoncent également une multiplication des contrôles administratifs jugés excessifs et ciblés.
Dans leur appel, les organisations demandent aux autorités turques de retirer les propositions législatives discriminatoires visant les personnes LGBTI+, de cesser d’utiliser les lois sur la morale pour restreindre leur expression, de garantir des procès équitables et de veiller à une égalité de traitement pour toutes les organisations de la société civile.
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